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Henry Thomas: le brico-lenteur du 21ème siècle

Published on 20 mai 2012 by in Photographes

Il y eut un jour où Henry Thomas me montra un tirage cyanotype d’une photo de robot sortant tout droit du film Planète Interdite.

Il y eu alors un avant et il y eut un après.

Avant, pour moi, la photographie argentique était en train de se faire dévorer par le numérique et mes rouleaux de diapos conservés au fond d’un bac du congélateur vivaient leurs dernières heures.
Après, il y eut soudain un monde où les laboratoires photo plein de chimie, de bricolages, d’expériences m’ouvraient à nouveau leurs portes faisant entrer des procédés que d’aucun avait tôt fait d’oublier, tandis que d’autres n’en soupçonnaient pas l’existence. Je faisais partie de ces derniers et Henry contribua heureusement à combler mes lacunes en la matière.

Ses travaux sont disponibles sur son site internet et sur flickr :

>> http://pagesperso-orange.fr/henry.thomas/

>> http://www.flickr.com/photos/henry63/

 

Si vous passez par Barcelone ces temps-ci, n’hésitez pas à sortir un peu du centre-ville pour aller vous perdre du côté du Centre Culturel Can Basté où Henry participe à une exposition collective pour le 6ème Festival International du Sténopé. Vous pourrez y voir quelques solarigraphes de son cru. Ca vaut le détour !

 

En attendant, j’ai souhaité qu’il nous en dise un peu plus…


Quelles sont tes différentes pratiques du sténopé ?

J’ai commencé avec des boîtes de thé et du papier photo. Le but était de capturer des mouvement de gens, de foules. Ensuite, j’ai construit des appareils avec lesquels j’ai fait de la photographie couleur. J’ai fait des séries plus variées, j’ai pu travailler la couleur. Mais le coté « brut » du papier photo m’a manqué et j’y suis revenu. Parallèlement je fais des photos héliographiques, des solargraph en anglais. Je pourrais dire que c’est par pure facilité : il suffit de poser l’appareil et d’attendre six mois. En même temps le résultat est carrément étonnant, donc gratifiant.

La Ville Immobile
La Ville Immobile
La Ville Immobile
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Le Point de Vue de la Coccinelle
Le Point de Vue de la Coccinelle
Solarigraphe
Solarigraphe
Vivant !
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Quel élément majeur t’a poussé à prendre cette voie de l’image à l’ancienne, de l’image maison, où existe la lenteur et un certain inconnu du résultat ?

Justement la lenteur. Je voulais obtenir des photographies analogues à celles de d’Alexei Titarenko, le sténopé me semblait un bon moyen d’y arriver.
Un autre point important du sténopé est l’aspect bricolage. Cela me plait beaucoup. Le sténopé me permet de conjuguer l’esthétique de la prise de vue avec le plaisir artisanal de la réalisation des appareils. Au final, la sensation pour moi est proche de celle que j’ai en faisant de la gravure à l’eau forte : j’ai l’impression de travailler directement le matériau lumineux en construisant l’appareil.

 

Ce travail argentique est-il la seule approche que tu as de la photographie ?

Non, je fais aussi de la photographie « classique », c’est à dire numérique,. Le choix du médium (numérique, sténopé) est une choix en fonction du résultat que je veux atteindre. Je ne fais pas les même photographies avec les deux procédés.

Ceci dit, le grand moment en photographie, c’est quand l’image apparaît dans la cuve de révélateur.
Toute la magie de l’image latente est là. Ce plaisir s’estompe beaucoup avec le numérique.

 

Quelle part a la photographie dans ta vie ?

J’ai assez peu de temps à consacrer à la photographie, en dehors de la vie de famille, et j’en fais à l’arrache, si on peut dire. Je suis plutôt mes envies du moment, j’accumule les photos et en replongeant dedans je vois des ébauches de séries, que je poursuis alors. J’aimerais bien m’investir plus, mais je ne vois pas trop comment faire. Mon unité de temps, c’est l’année.

 

Tu as développé « Assistant Sténopé » une appli pour iPhone. Comment concilies-tu cet outil ultra-technologique au service d’une technique quasi archaïque ?

La technologie du sténopé n’est pas archaïque. La preuve, c’est qu’elle n’a jamais été aussi florissante qu’au 21ème siècle. C’est l’existence des scanner, de Photoshop et d’internet qui a permis au sténopé de se développer. La contradiction ancien-moderne n’est qu’apparente. Ils font partie d’une chaîne. L’application sur mobile me permet de prendre des photographies sans m’encombrer d’une cellule et de tables de conversion.

(L’application est disponible sur : http://itunes.com/app/pinholeassist)

 

As-tu des projets de publication ?

De publication papier ? Non, j’ai le même défaut que beaucoup de photographes de nos jours, tout est virtuel.
Il faudrait que je fasse quelque chose.
Pour l’instant, je vais tester la photographie sur positif direct et le collodion humide pour justement produire directement des objets physiques.

 

Dans l’année qui vient y a-t-il des lieux/dates où l’on pourra voir ton travail exposé ?

Du 26 avril au 2 juin 2012, à Barcelone, pour la 6ème Exposition Internationale de Photographies au Sténopé
(Centro cultural Can Basté, Pg. Fabra i Puig, 274, 08031 Barcelona)

En novembre l’exposition migrera en Galicie à l’Otoño fotografico d’Ourense (Galicie).
C’est une exposition collective dans laquelle je présente des solarigraphes assez « destroy », sur le thème de la fin du monde.

Du 26 avril au 10 juin je vais exposer des tirages noir et blanc sur le thème de la ville à la cafétéria de l’IRISA sur le campus de l’université Rennes I.

 

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